Ce n’est pas souvent que l’on ressent autant de stress. La dernière fois, si je me souviens bien, c’était lorsque je passais un oral face à un jury pas très cool. Bizarre cette sensation. Le stress ne durera pas car Jean-Louis Brossard n’a rien en commun avec ce fameux jury “pas cool”. Chouette accueil dans l’antre du programmateur, café, tout ça. On se met à l’aise, je présente le Webzine et c’est parti !
Bonjour, nous avons demandé à nos lecteurs de nous envoyer les questions qu’ils souhaitaient te poser. Nous en avons sélectionné quelques unes. A toi de jouer !
Electronic Music Addict :
Avant la première edition des rencontres Trans Musicales, en 1979, avais-tu un passé dans la musique, dans l’organisation d’évènements?Jean-Louis Brossard :
Et bien disons qu’avant d’organiser les Trans, avec Hervé Bordier , Béatrice Macé et une bande de potes on organisait déjà des concerts avec l’association Terrapin. On faisait un concert tous les deux mois à l’époque. C’était ça Rennes. Maintenant il y en a dix par jour, avant c’était quand même une ville qui était assez pauvre en musique. Mais, j’étais surtout un grand dévoreur de disques, j’écoutais de la musique. J’ai fait du violon de l’âge de 5 ans à 15 ans, avec un papa prof de basson, donc musicien, peintre. J’ai commencé à écouter de la musique en écoutant le pop club de José Artur, les deux premières heures. Il y avait une heure qui était Rock, une autre qui était plutôt Jazz/Blues et José Artur avait des invités. C’était tous les jours de la semaine sauf le week-end et au niveau des musiques c’était absolument extraordinaire. C’est toute une génération qui était portée par le Pop Club. Parfois, je mettais mon réveil vers une heure du matin (j’avais 13/14 ans), pour écouter un morceau sur lequel j’avais flashé. Sinon j’allais à Saint-Brieuc, à Sainte Cécile (magasin de musique à St-Brieuc, ndlr), acheter des disques. Il fallait souvent les commander car il n’y avait pas tout dans les bacs. Et quand je suis arrivé à Rennes, la première chose que j’ai faite c’est d’aller chez le disquaire rennais où Hervé travaillait, c’est là que je l’ai rencontré. On a donc monté l’asso Terrapin et effectivement, c’était que du bénévolat. Les Trans sont nées en 1979 et on a pu se salarier qu’en 1990. Entre temps, j’ai été embauché à la maison de la Culture, pour assurer la programmation de l’Ubu, c’était en 1987. Mais au début, quand j’avais pas de boulot j’ai été pion, autrement j’ai collé des affiches dans les rues pour les autres … Tu sais, c’est très bien d’avoir fait tous les postes, même aux Trans au début, même si je faisais la programmation avec Hervé, on faisait les casses-croûtes pour les groupes, on faisait la sécu, on montait le matos sur scène, tu fais road, tu fais tout. Tu es obligé de toutes manières. Bon alors maintenant, y’a des gens à tous les postes, tant mieux d’ailleurs mais avant on était très peu nombreux et c’est vraiment l’envie qui nous portait !
EMA :
Une anecdote sur les premières éditions des rencontres Trans Musicales?JLB :
On essaye toujours que les concerts se passent bien, donc quand ça se passe bien, y’a rien à redire.
Il y a des anecdotes quand ça se passe mal, tu vois quand y’a eu le concert de Sigue Sigue Sputnik , le chanteur a pris une bière en pleine gueule, il a commencé à se battre avec le public on a été obligé de le sortir de scène après 20 minutes de concert. Après c’est des conneries et les médias n’ont parlé que de ça, donc le groupe avait réussi à faire parler de lui alors qu’il n’avait même pas un disque dans les bacs. Faut toujours se méfier de ça parce qu’avant y’avait les Woodentops qui était un groupe super et on a pas parlé d’eux parce qu’il y avait Sigue Sigue Sputnik qui passait à la télé, dans tous les médias. Et c’est un peu dommage.
Je repense à David Thomas, le chanteur de Père Ubu, on lui avait demandé pour les 25 ans des Trans si il avait des anecdotes sur le festival et lui il répondait : « Tu sais à partir du moment où tout se passe bien, y’a rien à dire .. »
Disons qu’on a toujours travaillé dans un bon esprit, en essayant à chaque fois de faire le mieux possible au niveau technique, au niveau accueil et je crois que c’est une chose qu’on réussit. Parce que tu sais, dans ce métier, l’humain c’est 50 % du boulot. Quand tu es artiste, tu arrives à l’aéroport à Paris, tu viens de San Diego par exemple et t’as voyagé toute la nuit, et là t’as un mec qui t’attend. Le mec il est sympa, il te dit « bonjour, bienvenue, vous voulez prendre un petit café ? » c’est important. Parce que lui il représente déjà le festival.
EMA :
On va maintenant se focaliser sur la 32ème édition des rencontres Trans Musicales. Et la première question, posée par un de nos lecteurs est : -A ton avis, quel artiste va le plus marquer le public des Trans?
JLB :
Waw! C’est pas facile parce que je n’ai pas vu tout le monde sur scène. Je ferai le pari sur Ava Luna, franchement, parce que je suis très fan et ça peut être un très grand moment à la salle de la Cité le samedi. Gonjasufi je pense que ça va être assez étonnant, sinon Pnau que j’ai déjà fait jouer à l’Ubu. Mais il leur faut un public bien chaud, à 3h du mat’, car c’est une vraie bombe sur scène. Ils ont le son, ils ont tout pour que ça cartonne. Y’a Funéral Party aussi, ça je pense que ça va être un grand moment de Rock’n'Roll, j’ai vu des vidéos sur Youtube et j’trouve que ça envoie terrible sur scène. Oy aussi que j’adore, que j’ai déjà vue sur scène, avec ses petites poupées, c’était super passionnant. Systéma Solar, bien sûr … Enfin bon, j’vais pas tous les citer, mais j’t'en ai donné 4 ou 5 déjà!
EMA :
Tu cites Gonjasufi et ça tombe bien, car un de nos lecteurs souhaitait savoir si c’était un de tes coups de foudre ?JLB :
Ben oui, parce que c’est spé ! Et moi j’aime les choses spés ! C’est quand même un son que j’ai jamais entendu avant et lui, on peut dire qu’il est totalement original ce garçon. Tu vois, j’pourrais le comparer à des gens comme Gablé qui font une musique qui ne ressemble à rien, que personne ne fait. Gonjasufi c’est quand même assez unique.
Gonjasufi – Ancestors
EMA :
Penses tu que Flying Lotus, qui a collaboré sur l’album, sera sur scène avec Gonjasufi ?JLB :
Il a effectivement collaboré sur l’album de Gonjasufi, je l’ai fait il y a deux ans… Je ne pense pas qu’il sera là, il ne me semble pas. Par contre, il y a des chances que Glaslamp Killer soit de la partie. Rien n’est sûr, mais en tout cas, je l’ai programmé le même soir, à un horaire différent ce qui permettra peut-être le partage de la scène. (The Glaslamp Killer a produit le premier album de Gonjasufi, ndlr)
EMA :
Pnau, enfin !!!!!!JLB :
Oui, ben c’est-à-dire que moi je les avais vus à Brighton il y a trois ans et directement j’ai voulu les faire jouer aux Trans. Le groupe m’a bien confirmé le festival. Fin Juin, je reçois un mail disant que c’était pas possible, « blablabla, bloublou » … Oh les boules ! J’en étais malade pendant deux mois ! J’ai même fait une offre d’argent faramineuse, un truc de ouf, pour les avoir. Il me les fallait, alors que c’est un groupe que personne ne connait ! Vraiment j’avais les boules. Donc ça n’a pas été possible. L’année d’après, pareil. Confirmé, puis annulé, je ne sais plus pour quelle raison. Le groupe était même pas au courant. Du coup j’ai fait une date d’eux sur Rennes et puis j’ai produit un concert à Paris, au Social Club. Et puis là j’ai rencontré les musiciens tu vois, Peter et puis le chanteur, Nick. Je voulais les faire absolument. Par la suite, plusieurs échanges de mails avec Nick permettent de confirmer la venue de Pnau cette année. Donc on les a ! Et ils sont en meilleure position sur le festival, c’est-à-dire le samedi, dans le grand Hall (Hall9, ndlr), en plein milieu de soirée ! C’est la bonne place.
EMA :
Dans toutes ces formations, as-tu un chouchou ?JLB :
Ava Luna ! J’ai vraiment très hâte. Parce qu’ils ont un côté très soul, alors qu’ils sont blancs. Ils ont plus de soul que tous les trucs de Soul music que tu entends maintenant, avec un mélange de post-rock. Le chanteur n’a l’air de rien comme ça, mais il dégage un truc !! Totalement magique.
EMA :
Tu les as vus sur scène ?JLB :
Non non !!! J’aimerais pas avoir vu tous les groupes sur scène, j’aurais horreur de ça. Il y en a quelques uns que j’ai vu mais j’ai envie de les découvrir aux Trans, comme le public ! Tu sais, durant le festival, je suis dans le public et je profite des concerts ! Je m’interdis le bar VIP parce que tout l’monde m’agrippe, me dis bonjour, et pendant ce temps là y’a des types qui jouent quoi. Et comme déjà y’en a trois qui jouent en même temps, enfin, tu vois quoi !
EMA :
Il n’y a pas vraiment de groupes programmés qui chantent en français, c’est un choix personnel ?JLB :
Et bien tu sais, je ne suis pas très chanson. Et puis, il y a les Francofolies de la Rochelle qui est déjà un festival où les petits, les moyens et les grands sont là. Donc je ne me sens pas obligé de faire ça.
Bon, cette année il y a AD … qui chante en français, et puis Stromae. Et puis, dans le Rock, dans l’Electro, il n’y a pas beaucoup de groupes qui chantent en français. Après, c’est pas la langue qui me dérange, j’ai fait Noir Désir avant qu’ils sortent un disque.
EMA :
Le concept de la Green Room a été très apprécié l’année dernière. Cette année, la programmation est très intéressante. C’est toi qui programme la Green Room ou bien est-ce Heineken, le partenaire sur cette action ?JLB :
Oui, tout à fait. L’année dernière, j’ai même fait plus que la programmation. C’est-à-dire qu’il n’y avait que deux dj. Mais par contre ça marchait 3 heures avant les dj et 2 heures après. Donc c’est moi qui étais allé chercher dans mes collec’ des compilations mixées. Il y avait un live de Fat Boy Slim,etc … Tu vois du coup, comme si il y avait le mec quoi !
Et là, comme ça a beaucoup plu aux gens d’Heineken, j’ai mis deux artistes le premier jour et après on passe à 4 artistes, dont des lives. Janski Beeeats qui est super et Marklion qui est un des mecs de Dat Politics.
EMA :
As-tu un/des regrets ?JLB :
Ouais, il y a 2/3 trucs euh .. (rires). Il y a une fois je m’étais bien gaufré la gueule mais alors terrible. Une fois j’ai fait un Lama Tibétain au Liberté. C’était après les deux premières raves aux Trans. J’avais fait une soirée où il y avait Fat Boy Slim, Doc Martin, plein de dj électro en bas, et dans le Liberté Haut, c’était plutôt des sons plus planants, rythmés quand même, mais plus planants. Et donc, j’avais programmé Lama Gyourmé. Il jouait de 8h à 9h du matin. Tu vois, pour terminer la soirée sur des notes douces et planantes. Et le mec a pas voulu jouer, parce qu’on entendait encore Doc Martin en bas. Et ça tabassait. Il voulait pas commencer tant que ça jouait encore en bas. Alors c’était galère parce que les gens allaient partir, on a fait en sorte qu’ils restent jusqu’au bout. Et quand le mec a finalement commencé, les verres (qui n’étaient pas en plastique dur à l’époque) faisaient plein de bruit sous les pieds du public qui partait … Moi j’imaginais une fin sublime, au petit matin, avec ce Lama Tibétain .. J’aurais dû le programmer après Doc Martin, et pas pendant .. C’est un de mes regrets.
EMA :
Pour conclure, la question qui doit revenir assez souvent : penses-tu à la retraite ?JLB :
Je sais pas, à moins de devenir sourd complètement, ou avoir des problèmes de santé, des trucs comme ça. Parce que j’ai été bercé par la musique depuis très longtemps. Même si tu vieillis, tu vieillis pas dans la tête, pas dans ton cœur, tu vois, si t’es toujours motivé, si t’as toujours envie de découvrir plein d’bonnes choses, tu peux continuer jusqu’à, j’sais pas, 120 ans ! Et puis financièrement, j’ai pas le salaire de Pascal Nègre …




Carbon Airways était interdit de Trans à cause de leur très jeune âge et des risques de déscolarisation. L’histoire, finalement, [...]